En 1938, il y avait déjà des «réfractaires au travail»

Une petite leçon d’Histoire en période trouble, ça ne se refuse pas…

Consacré à Buchenwald et relevé par une lectrice avertie du site Bellaciao, un article de Wikipédia recense les différents type de prisonniers qui furent envoyés dans ce camp de concentration (KZ) mis en place dès 1937 et où le régime nazi commença à déporter toutes les catégories de la population allemande qu’il jugeait indésirables : juifs, opposants politiques, homosexuels, Roms, criminels… et «réfractaires au travail du Reich».

Les «ASR» (Arbeitsscheu Reich) sont des individus, hommes ou femmes, juifs ou non, considérés comme aptes au travail mais qui ont refusé à deux reprises une proposition d’emploi sans raisons valables — ça ne vous rappelle pas quelque chose ? — ou qui ont accepté un emploi mais, après une courte période, ont démissionné sans motif valable. Ces personnes, souvent en grande difficulté sociale et psychologique — comme nos chômeurs de très longue durée; on rappelle que la crise de 1929 en a bouffé plus d’un jusqu’au trognon et que c’est sur ses ruines que Hitler a été élu —, accusées de ne pas vouloir «s’intégrer à la communauté» car non-conformistes, alcooliques ou sans domicile fixe, sont illico classées comme «asociales» par l’administration nazie.

Raflés par la Kripo (police criminelle), les premiers détenus de ce type («Détenus Aso») entrèrent à Buchenwald dans la dernière semaine de 1938. Affublé de triangles noirs, l’effectif s’accroît alors de 4.000 nouveaux travailleurs forcés pour la construction du camp. Persécutés de 1938 à 1945, les «asociaux» furent internés et/ou morts dans les KZ : leur nombre, difficile à évaluer, est toutefois estimé bien supérieur à celui des homosexuels. Parmi ces triangles noirs, on trouve aussi des prostituées ou des femmes qui, ayant échappé à leur rôle social traditionnel, étaient considérées comme asociales ou lesbiennes.

Le «travail obligatoire» (allgemeine Dienstpflicht) selon Hitler n’avait rien à voir avec la morale ou le civisme : c’était avant tout un outil économique. D’ailleurs, toutes les guerres sont essentiellement motivées par des raisons économiques, on le sait bien.

En France, le gouvernement de Pétain prit la relève en 1943 avec la création du STO : service du travail obligatoire. Notre pays fut le troisième fournisseur de main-d’œuvre forcée du Reich après l’URSS et la Pologne, et celui qui lui donna le plus d’ouvriers qualifiés. Parmi les entreprises allemandes ayant bénéficié de cette main-d’œuvre, on trouve Volkswagen (où Peter Hartz, l’inventeur de la plus importante réforme concernant le marché du travail en Allemagne, fut un DRH 100% corrompu) Daimler-Benz, IG Farben, Siemens (également impliquée dans un scandale de corruption en 2006) ou BMW…

Mais il y eut un revers de médaille : le STO provoqua le départ dans la clandestinité de près de 200.000 «réfractaires», dont environ un quart gagnèrent les maquis. Le STO accentua la rupture de l’opinion avec le régime de Vichy et constitua un apport considérable pour la Résistance et La France Libre.

On dit que l’Histoire se répète.
S’il faut essayer de rester optimistes, n’oublions pas d’être réalistes : dans la crise que nous connaissons actuellement et qui risque d’être durable, si de nombreux exclus de l’emploi seront amenés à ouvrir les yeux et devenir réfractaires, il ne faut surtout pas sous-estimer la barbarie qui sommeille dans les tréfonds du genre humain, notamment quand le gâteau se rétrécit à vitesse grand V.

SH

 

Article: actuchomage.org

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